Une personne assise près d’une fenêtre, plongée dans ses pensées

Une situation nous travaille, alors on y repense. Encore, et encore. On tourne le problème dans tous les sens, on rejoue la scène différemment, on imagine ce qu’on aurait dû dire ou faire. Et à la fin de cette gymnastique mentale, souvent longue et épuisante, on se retrouve exactement au même point de départ.

C’est ça, la rumination. Elle nourrit notre anxiété, et le piège qu’elle nous tend, c’est de se faire passer pour de la réflexion.

Réfléchir ou ressasser

Deux activités qui se ressemblent, mais qui n’ont rien à voir

La psychologue américaine Susan Nolen-Hoeksema a consacré une bonne partie de sa carrière à étudier ce phénomène. Sa théorie distingue deux façons de réagir à un événement qui nous pèse. La première consiste à chercher activement une solution, comme un artisan qui examine une pièce cassée pour comprendre comment la réparer. La seconde, la rumination, ressemble davantage à quelqu’un qui tourne autour de la pièce cassée en se demandant pourquoi elle est cassée, ce que ça dit de lui, et ce qui va se passer maintenant qu’elle l’est. Beaucoup de mouvement, très peu de réparation.

Des chercheurs ont même affiné cette distinction en identifiant deux sous-types de rumination : la réflexion pensive, qui reste relativement neutre, et la rumination « ruminée » (ils l’appellent le brooding, qu’on pourrait traduire par ressassement), plus souvent liée à la détresse psychologique. C’est cette seconde forme qui pose vraiment problème.

L’illusion d’avancer

Pourquoi le cerveau y repense sans cesse

Ruminer et penser en boucle donne l’impression d’être productif. On a l’impression de faire quelque chose face à ce qui nous préoccupe, alors qu’en réalité, les études montrent que la rumination a tendance à réduire notre capacité à résoudre les problèmes. C’est un peu comme courir à fond sur un tapis roulant, le résultat est que l’on reste au même endroit, malgré les efforts fournis.

Et le pire, c’est que ce phénomène s’auto-alimente. Plus on rumine, plus on accède facilement à des souvenirs négatifs, plus on interprète les situations de façon pessimiste, moins on a envie d’agir pour se sentir mieux. Un vrai cercle infernal.

Revenir à une action concrète

Comment sortir de la boucle

La bonne nouvelle, c’est que la rumination n’est pas une fatalité ou un trait de personnalité impossible à modifier. C’est une habitude de pensée, et comme toute habitude, elle peut se transformer. Quelques pistes qui aident vraiment, d’après la recherche : se distraire de façon constructive plutôt que passive (marcher, bouger, appeler quelqu’un, lire un livre, écouter un podcast, plutôt que scroller un écran), transformer les pensées en mots écrits pour les faire sortir de la tête, ou encore réorienter volontairement l’attention vers une action concrète en faveur de la résolution du problème, même minuscule, plutôt que vers l’analyse.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’aime tant intégrer le mouvement dans mon accompagnement. Le corps a souvent une meilleure capacité à dénouer une pensée que la tête qui l’a créée.